Art Rock: Fantastic Elements

Lancement des festivités à Saint-Brieuc

 

Comme chaque week-end de la Pentecôte depuis 1983, Saint-Brieuc revêt les couleurs d’Art Rock. Festival pluridisciplinaire ayant pour vocation de mettre la culture dans la rue que ce soit la musique, la peinture, la sculpture ou toute autre forme d’art. Nous allons principalement nous attarder sur le côté musical.

Vendredi

Dominic Sonic ouvre le festival au forum de La Passerelle avec son Rock blues qui vous prend aux tripes. C’est épuré, nerveux sans fioriture. Belle entrée en matière.

Direction la grande scène, ce sont les Naïve New Beaters qui montent les premiers sur scène. C’est avec toute leur extravagance et leur grain de folie qu’ils emportent Poulin Corbion dans leur univers survitaminé et déluré. Sonorités disco, pop et électro font danser les festivaliers en cette fin d’après-midi. La joie communicative de Martin Luther BB King fait chavirer la foule.

J’attendais beaucoup de Jaguar Ma. Mais petite déception, leur rock électro penche plus vers l’électro et elle n’a pas assez de punch pour nous emmener. Il faudra patienter jusqu’au titre « Loose End » pour vraiment rentrer dedans. Les Australiens n’ont pas su me convaincre avec leur musique psychédélique teintée de Dub.

La Femme

Attention, La Femme arrive. Encore de grands givrés qui débarquent. Scénographie étudiée, superbe décore, tout est là pour passé un bon moment. Dès le début, leur univers acidulé et provocateur est présent, deux danseuses les seins nus exécutent des chorégraphies hindoues, puis se retrouvent en maillot de bain lorsque le groupe entame « sur la planche » pour plonger dans la grande piscine de Saint-Brieuc pour un petit slam des familles tandis que le clavier se déchaîne sur le devant de la scène. Le public est conquis.

Puis c’est le tour de mes chouchous de The Kills qui prennent place sur les planches. Lumières dures qui ne rendent pas honneur à leur décorum, ils enchainent les morceaux de leur dernier album « Ash & Ice » qui est une petite merveille. Alison Mosshart attire tous les regards et se déhanche sur scène tandis que Jamie Hince, stoïque, se contente de délivrer des riffs puissants et rageurs. Gros kifs.

The Kills

De retour au forum pour LAS AVES. Ils sont inclassables. Tout de blanc vêtue, la formation nous envoie du lourd. Dur de les mettre dans une case, tellement ils empruntent de styles différents : Tri pop, R’n’B en faisant un léger détour vers l’électro minimale.

Samedi

Bombino et Ibibio Sound Machine ouvrent la seconde journée. Deux groupes qui ne m’ont pas laissé un grand souvenir. Le premier est un rock touareg, qui au fil du temps est assez monotone au niveau du rythme. Les seconds nous jouent un afrodisco avec cuivre est percussions diverses. Eux aussi tombent dans le travers de la répétition du tempo. La voix puissante et la présence scénique d’Eno Williams ne suffisent pas à conquérir le public.

Julien Doré

Il faut donc attendre la tête d’affiche de ce samedi pour voir enfin s’embraser Art rock. Dès l’arrivée de Julien Doré et les premiers accords, la foule scande son nom et se met à danser. Il faut dire que le jeune homme a une présence scénique assez énorme. Il va jouer son dernier album « & » (esperluette) sans fausse note. Tout est millimétré, c’est carré. Seule la pluie vient un peu refroidir les ardeurs en s’invitant en milieu de concert. Julien Doré a tenu son rang de tête d’affiche, en délivrant une prestation de haute volée et en régalant son public venu nombreux l’écouter.

Deluxe

Dur de passer après Julien Doré et le festival a eu la bonne idée de programmer les moustachus de Deluxe et toute leur fougue pour continuer la fête et se réchauffer après le déluge qui s’est abattu sur Saint-Brieuc. Et c’est pied au plancher qu’ils entament leur prestation sans vraiment flancher jusqu’à la fin. Sautant, courant, interpellant le public, les sudistes ont embrasé le dancefloor.

Petit aparté sur la scène B, avec Clément Bazin. Le mélange de Steel Pan (instrument de percussion originaire des Antilles) et de beats électroniques donne une musique aérée qui navigue entre sonorité organique et numérique. Un grand bonheur pour les oreilles et l’esprit tellement le voyage vers les caraïbes est plaisant. Un peu de chaleur dans cette nuit pluvieuse fait du bien.

Deux petites incursions au forum de La Passerelle pour découvrir Parcels et leur pop-funk ainsi que Last Train que j’avais eu l’occasion de voir lors de la sortie de leur premier EP.

Tout d’abord, un mot sur Parcels. Pour moi, une des révélations de cette édition, ils ont su faire chavirer la salle avec leur bonne humeur et leur style 80’s. Mélangeant le surf pop, funk, disco, c’est avec une belle maitrise qu’ils ont fait danser jusqu’à épuisement le Forum enchainant les titres tels un rouleau compresseur. À la fin de la prestation, je n’entends que des éloges de la part du public : énormissime, fabuleux, grandiose. Apparemment, je n’ai pas été le seul à avoir été conquis.
Pour finir, la soirée (2 h du mat quand même), la nouvelle référence rock française Last Train investit les lieux. Dès les premiers accords, la foudre frappe. C’est un rock rageur qui nous prend aux tripes. Les pogos commencent rapidement et la température est au plus haut. Déhanchements et sauts s’enchainent sur scène. La voix de Jean Noël, puissante et casée, emporte tout sur son passage. Depuis l’année dernière, ils sont montés d’un cran et leur prestation est de plus en plus impressionnante.

Last Train

 

Dimanche

Pour le dernier jour de fête à Art rock, mon choix s’est concentré sur la grande scène ainsi que sur le théâtre de la Passerelle.

Tout d’abord, Radio Elvis. Auréolés de leur victoire de la musique, ils entament un set tout en douceur. Ensuite, ils accélèrent le rythme pour nous abreuver d’un rock à la frontière entre Bashung, Noir Désir, Dominique A. Que de belles références. Le public assis est conquis et se lève au fur et à mesure du concert pour applaudir chaleureusement le trio.

Radio Elvis

J’ai patienté jusqu’à la venue de Thomas Azier qui était très attendu par son fan-club au premier rang. À l’arrivée du dandy sur scène, des cris et des pancartes « We love you Thomas » l’accueillent. Costume noir et cheveux gominés, il joue avec son pied de micro de manière sensuelle en accompagnant la musique langoureuse. Des morceaux comme « Gold » et « Berlin » donnent une atmosphère plus légère et dansante. Belle présence scénique et belle prestation tout en douceur mélangeant sonorités électroniques et organiques. Son charme a conquis Art rock qui à passer un bon moment en sa compagnie.

 

Changement d’ambiance avec l’arrivée de The Black Angels. Ils nous présentent leur dernier album « Death Song » et son Rock psychédélique. Les compositions sont musclées et tranchent avec l’apparence nonchalante du groupe. Le visuel projeté derrière eux vous renvoie directement dans les années 70 et ces effets hypnotiques. Belle prestation des Américains qui a su conquérir son public. Par contre, je ne suis pas sûr que les oreilles non habituées à ce genre de musique ont apprécié le concert. En tout cas, pour ma part, je me suis régalé.

The Black Angels

Tout de blanc vêtu, à l’exception du bassiste qui porte une tunique africaine haute en couleur, les Anglais de Metronomy montent sur scène, le public démarre immédiatement. Le set commence par des morceaux dynamiques, mais je trouve que cela ne sonne pas. Leur musique ne m’emballe pas, je m’ennuie presque. Je suis déçu par ce groupe qui est annoncé comme la tête d’affiche du dimanche.
J’en profite alors pour aller découvrir la compagnie Carabosse qui donne un spectacle de feu au jardin des promenades. Escapade improvisée en dehors des murs du festival. Et quel bien m’en a pris, je plonge dans un monde féérique et poétique ou ce mêle sculpture d’acier et les flammes. Cela me rappelle quelques images que j’ai vues du Burning Man. Un régal pour les yeux et les nombreux badauds présents confirment le succès de ce spectacle.

Compagnie Carabosse

Il est temps de retourner place Poulin Corbion pour assister, je l’espère, à un des plus grands concerts de ce festival : Archive.
Les Anglais s’installent dans le noir. À partir de là, ce n’est que du bonheur, les morceaux sont inhabituellement longs pour un festival allant jusqu’à près de 10 minutes. Ce sont surtout les albums « Restriction » (Crushed, Kid Corner, Feel It) et « False Foundation » (Driving in Nails, Splinters, Bright Lights, The False Foundation) qui sont joués sans interruption. Une sacrée ambiance s’en dégage, à la fois Dark et entrainante. La projection vidéo est magnifique laissant souvent, malheureusement, le groupe dans la pénombre. Pour conclure ce formidable concert, Archive nous offre une sublime interprétation de « Feel It » et de « Numb ».

Archive

C’est ainsi que se clôture l’édition 2017 d’Art rock. Que retenir ? Un superbe festival qui sait mêler jeunes espoirs (Radio Elvis, Last Train, Coely, Roméo Elvis, Parcels) et des talents de renoms (Archive, The Kills, The Black Angels, Julien Doré …) au sein d’un même événement. Cette fois-ci encore, le pari est réussi pour Art rock : faire découvrir au plus grand nombre une programmation éclectique au cœur de la ville de Saint-Brieuc. Vivement l’année prochaine pour voir les surprises que nous réservent Jean Michel Boinet et son équipe.

 

Remerciements : Art Rock

Copyright Guénolé TREHOREL pour Live!!

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