Interview: Fergessen (Vincent Assié)

A l’occasion de leur première date lyonnaise à l’Eden Rock Café, Live on the Edge a interviewé Fergessen.

Fergessen c’est Michaëla Chariau et David Mignonneau, un duo dont les harmonies vocales et musicales ont donné naissance à un somptueux premier album “Les accords tacites” en 2011. Il travaillent actuellement à leur second album “Far Est”, qu’ils enregistrent chez eux, dans les Vosges … dans le Far Est.

Bonjour Michaëla et David. Vous êtes quatre sur scène ce soir mais Fergessen, c’est avant tout un duo!
David:
LE duo!

Duo de voix, d’auteurs, de compositeurs, d’interprètes: ce n’est pas courant en ce moment cette configuration et pourtant, lorsqu’on vous écoute, cela sonne comme une évidence!
David:
C’est devenu une évidence. Au départ, c’était une évidence dans nos têtes. Il a fallu beaucoup travailler pour que cela devienne une évidence pour les gens, pour que cela devienne une évidence sur scène. On peut dire que depuis un an et demi/deux ans, on a vraiment trouvé nos marques. Du coup, cela devient une évidence sur scène et plus personne ne se pose la question en fait. On peut dire que c’est un vrai duo à 100%.

La sensation que l’on ressent en écoutant “Les accords tacites”, votre précédent album, c’est qu’il n’y pas une de vos voix qui ressort plus que l’autre. Il y a une vraie cohérence dans vos harmonies vocales.
David:
C’est super que tu l’aies ressenti car le but c’est que nos deux voix se mélangent pour ne faire plus qu’une.
Michaëla:
Cela part d’un principe très simple: c’est le plaisir qu’on prend à travers la vibration de nos voix. C’est purement égoïste dans l’absolu. Nous prenons un plaisir énorme à chanter ensemble. Il se dégage une vibration au niveau de nos voix que nous entendons “en son naturel”, avec une oreille normale et c’est un plaisir vraiment unique.

Vous avez une histoire et un parcours différents. Pour être fusionnel, un duo doit-il se nourrir de ses différences?
David:
C’est clair que l’on se sert de ça évidemment, peut-être pas forcément sciemment. Au fil des années, du travail, on s’est rendu compte de notre complémentarité, de nos points faibles, de nos points forts. Là où je vais avoir des points faibles, cela va plutôt être le point fort de Michaëla et vice versa. Mais cela, il faut du temps pour s’en rendre compte, il faut savoir gérer les égos, gérer nos façons de travailler. Je pense que l’on arrivé à un point de maturité s’il en est.

Vous portez une vraie identité musicale, visuelle également avec votre travail avec le photographe Pierre Gable. Vous maîtrisez votre destin, votre image: vous savez où vous allez.
David:
On sait pas toujours où on veut aller mais on sait où on ne veut pas aller et cela aide énormément! On est assez pudiques, on n’a pas forcément envie de dévoiler notre vie privée, donc tout ce qu’on dévoile, c’est toujours à travers la musique, à travers l’artistique que nous le partageons. On ne veut pas aller dans un coté télé réalité alors que ce serait facile d’y tomber dans la mesure où on est un couple dans la vie comme sur scène.
Michaëla:
De toute façon, cela transparait même quand on chante, nous l’avons bien compris et cela touche qui ça doit toucher.
Quand on parle de “on sait on va, où on vas pas”, notre musique est malgré tout très instinctive, et sur ce nouvel album nous le voulions vraiment ainsi. Parce que sur notre premier album (NDLR: Les Accords Tacites), nous avions pas mal gambergé.
David:
C’était le début.
Michaëla:
Ce n’était pas encore très mûr et des passages ont été douloureux, il a fallu réfléchir. Et là, on avait envie de surtout garder la spontanéité… les tripes! Cela vient aussi du fait qu’on travaille avec Pierre Bernard à la basse et Julien Rousset à la batterie avec qui on a renoué avec notre musique instinctive, “brut de pomme”, plus rock!
L’idée de ce nouvel album, c’est vraiment de chercher à être épanouis, en accord avec nous-mêmes. Nous ne cherchons pas à faire cela pour obtenir tel ou tel résultat parce que c’est peut-être la solution pour plaire. Ce qu’on veut c’est être bien dans nos pompes, à l’aise dans ce que l’on fait, dans ce que l’on raconte, dans nos mélodies, dans les rythmes… dans tout ça. Et pour l’instant, on est content de ce qu’on a produit!

Belle transition donc pour parler de votre nouvel album “Far Est” pour lequel vous avez fait appel à la plateforme participative KissKiss BankBank afin de le financer, une manière de revendiquer votre liberté créative?
David:
On s’est retrouvé un petit peu pieds et poings liés avec un label, et cela aurait pu très bien se passer s’il avait bien fait son travail, si il nous avait suivi, épaulé artistiquement et ce n’a pas été du tout le cas. On s’est alors retrouvé dans une situation délicate: il a fallu rompre notre contrat, récupérer ce qui nous appartenait, nos chansons, notre liberté. A partir de là, on s’est demandé ce que l’on pouvait faire pour travailler dans de bonnes conditions. Il se trouve qu’on a beaucoup joué, le public notamment a adhéré. Et petit à petit des gens sont venus spontanément à nous, nous ont dit “on voudrait bien vous aider, comment on pourrait faire?”. Nous leur avons répondu “on verra à l’avenir comment vous pourrez nous aider”. Cette idée de plateforme participative a mûri, plusieurs personnes nous en ont reparlé, du coup on s’est dit qu’on allait tenter ça et voir si cela pouvait fonctionner: acquérir les moyens de travailler tout en restant libre. On fait donc cet album avec les gens et c’est un succès!
Michaëla:
Au delà de nos espérances! On pensait qu’on pouvait réussir, sans quoi on ne serait peut-être pas lancé. Mais on a mûrement réfléchit la chose, longuement hésité, longuement préparé notre argumentaire, enregistré des morceaux dans cette optique, fait une partie des photos avec Pierre Gable. Mais c’est vrai qu’on pensait, au vu de ce qu’on a pu recevoir du public qu’on a croisé au fil de ces deux années de tournées, qu’il y avait moyen de faire quelque chose. Et surtout, que ce n’était pas un moyen d’extorquer de l’argent, ni de faire la manche! On ne voulait surtout pas que cela paraisse ainsi parce que cela aurait été indécent dans une période comme celle qu’on traverse de demander au gens “s’il vous plait de l’argent” pour qu’on puisse faire égoïstement notre petit album. Non l’idée n’était pas là! L’idée était aussi de proposer à quiconque le souhaitait de s’impliquer dans un projet artistique de leur choix. De notre côté, la seule chose à laquelle on s’engage en contrepartie, hormis d’envoyer l’album et tout ce que l’on promet, c’est de faire vivre cette aventure aux personnes qui veulent la vivre avec nous. Cela nous oblige donc à nous décarcasser, à être créatif: prendre des images, apprendre à communiquer, à trouver les petites phrases sympas qui font plaisir à tout le monde… une manière de montrer aux personnes comment on fait un album en indépendant, comment c’est possible, quelles sont les difficultés.

En fait, cela vous oblige à appréhender tout ce qui touche à la création et à la communication autour d’un album?
Michaëla:
Voilà, et cela n’est vraiment pas quelque chose que l’on a envie de vivre tout seul dans notre coin.
David:
On avait envie de partager cela, c’est sûr.

Pour Far Est, vous vous êtes entourés de toute une équipe?
David:
Oui, nous avons un tourneur qui travaille avec nous depuis quelques années, POP(Pour Oublier Production), qui a été notre premier partenaire. Pierre et Julien, respectivement bassiste et batteur, nous ont rejoint. D’autres personnes se sont ensuite greffées autour, le dernier en date étant Stéphane Bonacci qui est guitariste et co-réalise l’album avec nous.
Michaëla:
C’est un guitariste que l’on a rencontré l’année dernière sur la tournée de Melissmell dont nous avons fait plusieurs premières parties. Il est venu à nous et cela est un très bon signe car on n’était pas en demande ni en recherche d’un guitariste supplémentaire. Nous étions partis pour faire l’album vraiment à quatre et puis il y a eu une rencontre, y compris musicale. Il a manifesté son intérêt, son enthousiasme de bosser avec nous et au final il nous a surpris. C’est une super manière d’intégrer les gens plutôt que d’aller frapper, pleurer à leur porte! Quand les gens viennent à toi, c’est quand même bien plus naturel et il y a bien plus de raisons pour que cela fonctionne. Il est donc devenu un membre à part entière de cette aventure.

Un planning pour Far Est?
David: En ce moment, on enregistre l’album. Si tout va bien, on pense qu’il sera prêt et sortira à la mi-avril. Il y a aussi et surtout des dates, une tournée en préparation.
 Michaëla: On sera à Eurre, à côté de Valence, le 16 mars puis le 18 avril à Paris, à l’Alhambra en première partie de Jehro. Deux dates importantes déjà, et cette tournée en train de se monter. Toute l’équipe est aux aguets, à l’affût, aux abois, tout ça à la fois! On espère tourner un maximum.

C’est encore la période des vœux, que peut-on vous souhaiter pour 2013?
Michaëla:
Que cela continue comme ça! On est dans une bonne phase, on la savoure… cela n’a pas toujours été le cas ces deux années précédentes, il y a eu des périodes difficiles, surtout pour se débarrasser de notre label, juridiquement cela a été un enfer et on s’est défendus tous seuls!
David:
On repart de zéro avec toute l’expérience acquise et tous les gens qui nous ont rejoint.
Michaëla:
La très bonne nouvelle du jour, c’est qu’on vient d’être retenu pour obtenir une subvention européenne qui va nous aider à tourner tout au long de l’année via une association vosgienne qui s’appelle Vosges Arts Vivants. Ils vont nous accompagner pendant toute l’année, nous faciliter la tâche durant notre tournée via des moyens mis à notre disposition pour la communication, la promotion de la tournée, du “tour support”. On est super fier que cela soit une subvention européenne parce qu’on se considère vraiment comme un groupe européen: on a un nom allemand, on chante en français, en anglais, peut-être un jour en allemand ou en espagnol! Cela aussi est un vrai symbole de la réussite que cela a été de quitter Paris et de se tourner vers l’est: on tourné le dos à Paris mais on s’est tourné vers le centre de l’Europe et c’est intéressant de changer l’angle de vue, y compris géographique. Donc on prend cette nouvelle comme un très bon signe!

Bonne chance donc pour ce nouvel album, cette tournée et merci de nous avoir accordé cette interview!

Toutes les photos : par Vincent Assié
Remerciements à : David et Michaëla de Fergessen
                                                                                                      Copyright Vincent Assié pour Live-On-The-Edge
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